Elle & Lui, entre les deux... l'Atlantique.

Elle & Lui, entre les deux... l'Atlantique.

La nouvelle ELLE entre en scène (suite)

Suite de La Nouvelle Elle entre en scène

 

15h – Place Jean-Paul-Riopelle

 

Après avoir pris une douche ultra-rapide et avoir revêtu à la hâte quelques vêtements confortables, je saute dans un taxi pour le rejoindre. Alors que la voiture approche du lieu de rencontre, je l’aperçois assis sur un banc, seul, l’air absorbé dans ses pensées. Je descends et prends mon temps pour l’observer. Ses vêtements sont froissés. Je le trouve négligé. Je suis un peu déçue. ELLE m’avait tellement parlé de son élégance toute française, du soin qu’il mettait à lui plaire, le raffinement, le bon goût, les textures et les étoffes luxueuses. Mais bon, je me dis que l’on peut mettre ça sur le compte de la déprime.

 

Je me plante devant lui. Ça lui prend quelques secondes pour réagir.

 

- Bonjour, vous ne m’attendez pas depuis trop longtemps, j’espère ?

- Ah ! Bonjour. Non, non, ça va.

 

Il s’approche pour me faire la bise. Malgré la légère barbe, il est très doux. C’est agréable.

 

- Comment vous sentez-vous ? Pas trop sur le décalage horaire ?

- Non, ça va.

 

Ça ne se passe pas tout à fait comme je me l’étais imaginé. Je le sens ailleurs, distant, à la limite froid. Pour tenter de dissiper le malaise qui s’installe, je me mets à faire la guide touristique. Je lui explique que cette place publique, à l’époque où elle a été inaugurée, au début des années 2000, a suscité une polémique. Une mobilisation citoyenne avait contesté avec véhémence le fait que l’on déracine La Joute, l’œuvre monumentale de Jean-Paul Riopelle, du quartier populaire où elle était installée depuis 1976, vers le quartier actuel des affaires.

 

Je lui parle de l’artiste, de ses liens avec la France où il a côtoyé les surréalistes et son fondateur, André Breton. Bref, je parle, je parle, je parle. Il écoute, sans vraiment écouter. Il est poli mais, encore une fois, lointain. On s’assoit et je me tais. Il ne dit rien, fixe l'horizon. Le silence est pesant.

 

- Vous pensez à ELLE ?

 

Il se secoue, se retourne vers moi.

 

- Je suis désolé… Je dois vous paraître très désagréable, mais mon esprit est ailleurs. Je me sens comme perdu au fond d’un gouffre. Et pourtant vous êtes charmante et c’est agréable d’être ici, à vous entendre discourir sur le mouvement automatiste et sur les polémiques entourant l’art public. Mais, sincèrement, je n’arrive pas à penser à autre chose qu’à ELLE. C'était la seule personne qui arrivait encore à me faire tenir debout. 

- Je comprends. Peut-être préférez-vous retourner à votre hôtel et être seul ?

- Non, oui... Je ne sais pas...

 

Il soupire, cache un instant ses yeux dans ses mains et demeure silencieux plusieurs secondes. Puis il finit par me regarder. Pendant un instant, je crois que cette histoire se termine alors qu’elle n’a pas encore vraiment commencé et je pense à ELLE. Elle n’avait peut-être pas mesuré l’ampleur du désarroi qu’elle lui causerait en décidant de rompre à ce moment-ci et de cette manière un peu brutale. Je le sens tellement loin…

 

- Honnêtement, je n’ai pas envie de me retrouver seul. J'ai peur… J’aimerais être plus présent mais je n’y arrive pas. C’est comme si j’étais déconnecté de moi-même.

 

Au moment où il prononce cette dernière phrase, une idée, une inspiration, surgit dans mon esprit.

 

- Me permettez-vous de faire un appel ? Je crois que je pourrais vous offrir un moment qui pourrait vous faire le plus grand bien.

- Bien sûr, faites!

 

Une de mes amies travaille comme massothérapeute dans un spa situé dans le Vieux-Port de Montréal, non loin de l’endroit où nous sommes. C’est un endroit unique, un spa nordique aménagé sur un bateau. Je lui passe un coup de fil pour savoir si elle pourrait nous recevoir. Après quelques minutes de discussion, tout est organisé. Elle nous attend dans une heure.

 

Sur le chemin, je reprends mon rôle de charmante guide touristique et lui relate l’histoire du bateau en question. Il s’agit en fait d’un ancien traversier qui assurait la navette sur le fleuve Saint-Laurent dans les années 50 et 60. Fait intéressant, il fut ensuite reconverti en bateau-théâtre à la fin des années 1960. Puis une riche famille québécoise en fit l’acquisition avec l’idée originale de le transformer en spa. Amarré au Vieux-Port, le bateau offre à ses passagers tous les services d’un spa traditionnel, le tout conjugué à un décor original, entre urbanité et charme nautique.

 

À l’accueil, mon amie nous attend. Elle est radieuse, comme à son habitude. Cette femme, je l’aime d’amour, et parfois même, je la désire. Elle a une magnifique crinière rousse dans laquelle j’adore promener mes jolis doigts, mes doigts de fée comme elle le dit si joliment. Ses courbes sont généreuses et sa tendresse incommensurable. Je connais les nombreux talents de mon amie. Je l’ai vu à l’œuvre plus d’une fois. Ses mains sont magiques pour dénouer le corps et elles réussissent également à guérir les blessures de l’âme et du cœur.

 

Elle nous guide jusqu’à la salle de massage. L’espace est restreint mais très bien aménagé. Il y a un large hublot qui nous permet d’avoir une belle vue sur le fleuve. La table de massage est au centre et il y a une banquette près de la fenêtre. Mon amie m’invite à m’installer et me sert une tisane. Puis elle invite LUI à se dévêtir et à s’étendre à plat ventre, sous le drap, sur la table à massage. Elle s’éclipse pour lui laisser un peu d’intimité. Pour ma part, je détourne le regard, histoire de ne pas trop le gêner. Mais je m’amuse tout de même de sentir son hésitation. Il se déshabille rapidement et se faufile sous le drap. Mon amie revient discrètement. Elle allume quelques bougies, ajuste la température de la pièce pour plus de confort, démarre une musique d’ambiance relaxante et s’approche de LUI. Elle l’invite à respirer profondément et débute le massage.

 

J’observe la scène. Je la regarde faire. Je la trouve infiniment sensuelle quand elle masse. Son corps ondule, ses mains glissent sur la peau huilée. Toute son attention est concentrée sur le corps de l’autre, sur ce qu’elle décèle comme tensions, comme blessures, comme fragilités. Je ne peux m’empêcher de l’imaginer nue, d’avoir envie de découvrir cette poitrine généreuse. Des images lubriques se succèdent dans ma tête. Ses seins glissant sur le torse de LUI, sa chevelure de feu effleurant cette belle charpente d’homme, mes mains à moi empoignant cette délicieuse poitrine. Mon sexe se réveille. De son côté, LUI semble se détendre progressivement. Sa respiration se fait plus profonde, plus calme.

 

Il est maintenant sur le dos et elle lui masse vigoureusement une cuisse. Je vois poindre une érection. Exactement ce que j’espérais. Je m’approche de mon amie. Nous nous regardons. Nous n’avons pas besoin d’échanger un seul mot. Elle comprend ce à quoi je pense. Je me penche vers LUI et lui murmure à l’oreille que j’ai envie de lui offrir une expérience sensorielle un peu plus intense, s’il est d’accord, bien entendu. Il ne prononce pas un mot mais hoche la tête en signe d’acquiescement.

 

Mon amie et moi pratiquons le tantra et elle, encore plus que moi, a développé l’art du massage du lingam (mot Sanskrit pour l’organe sexuel masculin). Je me déshabille. Je remarque que son érection est un brin plus prononcée. Je souris. Mon amie aussi. Je m’approche d’elle et, pendant qu’elle m’enduit les mains d’huile à massage, j’en profite pour lui voler un baiser. Elle est si désirable. Un frisson très agréable me parcourt l’échine alors que la chaleur s’intensifie dans mon bas-ventre.

 

Nous déposons nos mains simultanément sur son corps, elle sur ses cuisses, moi sur son torse. Il est complètement abandonné à nos soins. Nous le massons à quatre mains, langoureusement. J’aurais très envie de parcourir certaines parties de son corps de mes lèvres ou encore mieux, glisser tout mon corps huileux sur le sien, mais je fais preuve de retenue.

 

Pendant que mon amie rapproche ses mains de la zone du lingam, je lui parle de nouveau. Je me doute que c’est la première fois qu’il reçoit un tel massage, alors je lui explique ce qui va se passer et ce qu’il pourrait ressentir. Je l’invite à se détendre encore plus, à se mettre en état de recevoir. Je lui dis que mon amie va prendre tout son temps pour bien masser la zone génitale en incluant ses testicules, son périnée et son Point Sacré (la prostate). Ainsi il pourra se laisser aller à une forme de plaisir auquel il n’est peut-être pas habitué.

 

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Pendant ce temps, mon amie verse une petite quantité d’huile sur sa verge. Elle commence à masser cette zone si fragile et si vigoureuse à la fois. Elle masse ses testicules, son périnée, et commence à masser le lingam. Elle varie la rapidité et la pression. Je la regarde travailler et l’envie me tenaille. Est-ce la vue de sa queue en érection? Est-ce la présence sensuelle de mon amie, ou encore un peu tout ça qui me trouble à ce point ? Je sens, je vois l’énergie sexuelle passer par ses mains et se transférer au sexe de LUI. Je peux lire sur son visage à lui le trouble, le plaisir, l’étonnement. Je continue à lui parler au creux de l’oreille. Je le rassure en lui expliquant que, pendant le massage, sa verge va durcir, puis ramollir, puis durcir à nouveau. Je lui explique que c’est exactement ce qui est recherché dans l’expérience tantrique, que c’est comme surfer sur une vague, l’idée étant de découvrir la jouissance multiple sans nécessairement qu’il y ait éjaculation.

 

Mon amie poursuit ses mouvements d’aller-retour mais dès qu’elle perçoit que l’éjaculation approche, elle diminue le rythme, permettant ainsi au lingam de ramollir, puis elle reprend son massage. À chaque fois, j’invite LUI à respirer plus profondément, à lâcher prise, à laisser aller ELLE, ses idées noires, ses cauchemars et tout ce qui lui pèse. Mon amie me fait signe de m’approcher d’elle. Mes mains se superposent aux siennes et nous poursuivons ainsi pendant quelques minutes le massage, puis elle s’éclipse sans faire de bruit, nous laissant seuls, LUI et moi, pour partager plus intimement ce moment.

 

Une de mes mains se dirige tranquillement vers son Point Sacré, tandis que l’autre continue de masser le lingam. Je sais que, bien que ce genre de massage libère des tensions, il peut également provoquer de très fortes vagues d’émotions. Je l’observe attentivement. Je lui parle d’ELLE, de tout ce qu’elle a vécu de beau et d’intense avec lui, de l’intimité et de la complicité extraordinaires qu’ils ont vécues, et ce, malgré les kilomètres qui les séparaient. Je lui dis qu’il ne faut pas voir cette rupture comme un abandon mais bien comme une nouvelle étape dans l’expérience de cet amour tellement vivant, tellement libre et libéré.

 

Je parle tout en continuant à le masser, et progressivement, j’exerce une pression plus forte sur son Point Sacré. Je sens, dans les pulsations de sa verge dans ma main, qu’un orgasme approche. Je sens aussi que mes mots touchent au cœur de sa blessure. Puis, subitement et avec force, le barrage de ses défenses cède. Son corps tout entier est secoué de spasmes. Les larmes jaillissent. J’accueille cette vague déferlante de plaisir, mélangée au chagrin et à la douleur, avec toute la bienveillance dont je suis capable. Je suis troublée, touchée, émue.

 

Je pose mes mains sur sa poitrine, sur son cœur. Je respire avec lui. Je l’apaise de mon énergie. Plusieurs minutes passent ainsi, dans le silence et l’accueil. Peu à peu ses sanglots cessent, la vague de fond se retire. Il émerge. Il ouvre enfin les yeux et les plonge dans les miens. Il me sourit. Je suis heureuse. La connexion entre nous deux est très forte. À ce moment-là bien précis, l’envie de le prendre en moi devient irrépressible. Ne pouvant plus résister, je réussis à grimper sur la table et à m’installer à califourchon sur lui. Il me laisse faire sans broncher. Son sexe est de nouveau en érection. Je me caresse avec sa queue. Je suis au nirvana. Il me semble que cela fait des heures que mon sexe est gonflé et qu’il réclame d’être soulagé. Je le regarde intensément et voit, dans son regard, cette flamme orangée du désir carnassier. La bête se réveille. Il n’est plus du tout dans l’abandon. C’est l’énergie brute, animale qui émerge et qui le transporte.

 

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D’une main, il empoigne mon cul avec ardeur et m’invite à m’empaler sur lui. De l’autre, il m’attire vers lui avec force. Il mord, il lacère, il geint. Bien que ça soit moi qui le chevauche, c’est lui qui donne le rythme. La cadence est effrénée. Je m’agrippe à lui de toutes mes forces. Tout d’un coup, ses râles deviennent de plus en plus forts. Je le sens sur le point de basculer dans la jouissance. La mienne est également toute proche. Je veux jouir avec lui. Au moment où je sens mon orgasme approcher, il se cambre et explose bruyamment. Mes doigts et mes dents s’enfoncent dans sa chair. Son corps est agité pendant de longues secondes par des convulsions incontrôlées. Je le serre très fort. À mon tour d’être submergée par une vague de fond. Je la laisse monter. Il m’enlace, m’embrasse à pleine bouche comme s’il voulait m’avaler. C’est intense, très intense. La puissance de mon orgasme me surprend et me transporte loin, très loin à l’intérieur de moi. Je suis touchée très profondément et pendant quelques minutes, je n’ai plus de corps. La réalité physique et concrète n’existe plus. Je vogue dans un état éthéré, je ne touche plus terre, je suis en extase…

 

Nos corps restent soudés l’un à l’autre pendant un long moment que je n’arrive pas à déterminer; nos respirations complètement synchronisées. Un léger bruit, comme si quelqu’un grattait à la porte, nous tire de notre presque sommeil. Mon amie entre sur la pointe des pieds. Elle s’approche de moi, me recouvre tendrement d’un peignoir, et m’aide à me relever et à descendre de la table sans me blesser. Elle couvre LUI pour ne pas qu’il ait froid. Elle nous enveloppe de sa bonté, de sa chaleur. Je me love entre ses bras. Je suis si heureuse.

 

Puis je me retourne vers LUI. Il nous regarde avec un large sourire. Il est beau à voir. Mon amie nous invite à passer aux douches puis à profiter du temps clément de ce début de soirée pour aller se prélasser dans le bain tourbillon situé sur le pont supérieur du bateau. Elle a même pensé à nous trouver des maillots. LUI et moi nous regardons tendrement, avec un air complice. Il m’embrasse sur la joue et me donne rendez-vous sur le pont. Je suis aux anges.

 

Épilogue

 

LUI et moi avons passé une superbe soirée, complètement détendus et heureux comme deux gamins. Il avait retrouvé sa bonne humeur, son envie de me plaire, de me faire rire, de me séduire. Après le spa, nous avons déambulé dans les rues de Montréal, main dans la main, moi continuant à lui faire découvrir les trésors de ma ville chérie, les bâtiments que j’affectionne plus particulièrement, tout en lui partageant les souvenirs rattachés aux endroits, aux odeurs, aux couleurs de Montréal. Tout le reste de son séjour, nous avons baigné dans cette bulle de bonheur, de gaité, de complicité. Nous avons fait l’amour, nous avons discuté, nous avons ri, nous avons pleuré, et ce fut magique, magnifique. Un véritable moment de grâce. J’ai senti qu’il reprenait goût à la vie, même si sa fragilité était encore palpable. J’étais heureuse de pouvoir tenir la promesse que j’avais faite à ELLE : prendre soin de lui et veiller à ce qu’il ne sombre pas.

 

Puis il est reparti… et nous nous sommes promis d’être les amants les plus fous et les plus infidèles que cette terre ait portés !

 



09/12/2014
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